J’accompagne beaucoup d’adultes et adolescents à Haut Potentiel, chez qui les troubles du sommeil sont fréquents : difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, insomnies, réveil difficile le matin… Afin de répondre au mieux à cette souffrance récurrente, je me suis spécialisée dans les troubles du sommeil.

Première difficulté de sommeil invoquée : le cerveau ne veut pas s’arrêter le soir, au moment de se coucher. Et les pensées tournent et tournent, comme un hamster dans sa roue. « Je cherche désespérément le bouton OFF ! » est une phrase que j’entends souvent au cabinet.

Autres difficultés qui incitent à venir consulter : l’impression de ne pas être reposé·e au petit matin, comme si le sommeil n’avait pas été réparateur, ou des réveils nocturnes trop fréquents et/ou trop longs.

Ces troubles du sommeil sont liés à des phénomènes nocturnes propres aux cerveaux des Hauts Potentiels, et qui ne sont pas toujours connus des thérapeutes, y compris des sophrologues spécialistes du sommeil. Les surdoué·e·s n’ont pas tou·te·s des problèmes de sommeil. Ils et elles ne dorment pas plus ou moins que les autres. La différence n’est pas quantitative, mais… qualitative. Et elle réside au niveau du sommeil paradoxal.

En cabinet, je prends le temps de bien expliquer le fonctionnement du sommeil et la particularité du sommeil du HP. Je donne aussi des outils pour faire le point sur le sommeil de la personne, comprendre son rythme, ses besoins. Et bien sûr s’ensuit un accompagnement de sophrologie de quelques semaines pour retrouver le sommeil. Je précise qu’il n’y a pas de magie  : l’entrainement entre les séances permet à la personne de se « réconcilier avec le sommeil » comme me l’a joliment dit Alice, une de mes clientes.

« J’arrive enfin à m’endormir sans tourner dans mon lit pendant des heures… Merci ! J’ai l’impression de m’être réconciliée avec le sommeil, et ça fait un bien fou! » (Sarah, 25 ans, après 8 semaines d’accompagnement, et 15 ans de troubles de l’endormissement).

Afin de comprendre cette différence entre le sommeil du HP et les autres, un point s’impose sur le fonctionnement du sommeil, si mal connu… d’à peu près tout le monde !

LE FONCTIONNEMENT DU SOMMEIL

Le sommeil se fait sur 5 stades :

– STADE 1 : l’endormissement (qui dure quelques minutes). Nous pouvons encore entendre les bruits légers. Les yeux bougent, les muscles sont mobiles et l’EEG (éléctro-encéphalogramme) montre que les ondes électriques cérébrales sont des ondes Alpha (8 à 13 Hz).

– STADE 2 : la phase de sommeil lent léger. Les yeux ne bougent plus. La personne continue à percevoir des informations provenant de l’environnement.

– STADE 3 : l’installation du sommeil lent profond. L’activité cérébrale ralentit. L’EEG signale des ondes Delta (0,5 à 4 Hz). Les muscles sont libres.

– STADE 4 : le sommeil lent profond. Il devient alors difficile de réveiller la personne endormie. Le corps est au repos : cerveau, muscles, organisme. C’est la phase de récupération physique. L’EEG détecte plus de 50 % d’ondes Delta.

– STADE 5 : le sommeil paradoxal. Le cerveau qui se reposait se remet en marche, et l’activité cérébrale devient très intense, avec des ondes rapides, dites Béta (13/15 à 30 Hz), identiques à celles de la veille attentive. Le sommeil est alors très profond. Les mouvements oculaires sont très rapides : on parle de REM, Rapid Eye Movement. C’est le stade des rêves. Pourtant, le tonus musculaire est inexistant : c’est comme si les muscles étaient paralysés (pour nous empêcher de vivre pleinement nos rêves.. ce qui pourrait être dangereux !). D’où le nom de « sommeil paradoxal » : corps à l’arrêt (ou presque ! les muscles de la respiration et des yeux restent en fonction) et cerveau actif !

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Chez un adulte ordinaire, le sommeil paradoxal représente environ 20 % du sommeil.

La succession de ces 5 stades correspond à un cycle de sommeil. Chaque cycle dure entre 90 min et 2h. Une nuit complète enchaîne entre 3 et 6 cycles, selon que la personne soit petit·e ou grand·e dormeur·se. Chaque cycle est séparé par une phase intermédiaire de quelques minutes, avec des micro-réveils. Généralement, nous n’en avons pas conscience, ni souvenir au matin. C’est souvent là que le corps bouge, change de position. C’est aussi à ce moment là que certain·e·s se réveillent sans pouvoir toujours se rendormir… et tournent dans leur lit pendant une heure et demi… soit la durée d’un cycle de sommeil, avant de pouvoir se rendormir au prochain.

Au cours d’une nuit de sommeil, les périodes de sommeil paradoxal (stade 5) s’allongent de plus en plus. Au contraire, les phases de sommeil lent profond (stades 3 et 4) se raccourcissent et disparaissent.

Alors que le sommeil lent du début de cycle favorise la récupération physique, le sommeil paradoxal permet de récupérer mentalement et nerveusement.

LE SOMMEIL DU SURDOUÉ : UN PEU PLUS PARADOXAL

Olivier Revol, neuropsychiatre spécialiste des Surdoué·e·s, a réalisé en 2003 une étude sur le sommeil des enfants précoces. Il a constaté que l’enfant surdoué ne dort pas moins ni plus longtemps mais que son sommeil est plus compliqué, et différent.

Cette différence intervient au niveau du sommeil paradoxal. Les périodes de ce sommeil paradoxal sont toujours plus longues chez les bébés, puis diminuent à partir de 10 mois / 1 an… sauf chez les Hauts Potentiels, chez qui le STADE 5 reste long, et donc plus long que chez les « typiques ».

Par ailleurs, le surdoué à la capacité de rentrer très vite dans ce sommeil paradoxal, parfois même juste après l’endormissement. Ceci explique qu’il ou elle peut rêver très rapidement, même lors d’une courte sieste. Alors qu’une personne « typique » peut attendre une heure (les phases de sommeil lent puis profond) pour atteindre ce stade.

De plus, chez les enfants surdoués, ce sommeil paradoxal s’accompagne de mouvements des yeux (les REM) presque deux fois plus fréquents que chez les autres enfants du même âge. Ils présentent donc une meilleure capacité à organiser, pendant cette phase du sommeil, les informations stockées pendant l’éveil.

On remarque également que, chez eux, le cycle de sommeil est plus court : 70 min environ au lieu de 90 min. Les cycles sont donc plus nombreux sur une même durée de sommeil, avec plus de sommeil paradoxal.

À QUOI SERT LE SOMMEIL PARADOXAL ?

Des études ont établi le lien entre la quantité de sommeil paradoxal et niveau d’efficience mentale : plus l’animal est évolué, plus la quantité de sommeil paradoxal est élevée : 6 % de sommeil paradoxal chez le chien, 15 % chez le chat et le singe et 20 % chez l’humain. Il y aurait donc une corrélation entre sommeil paradoxal et développement cérébral.

Le sommeil paradoxal favorise la plasticité du cerveau : la capacité d’intégrer facilement de nouveaux apprentissages, de créer de nouvelles connexions entre les neurones, d’organiser les informations, de réparer une lésion cérébrale. On a pu constater que, lorsqu’un animal apprend un nouveau comportement, son sommeil paradoxal augmente.

Ainsi, les nouveaux-nés passent la moitié de leur sommeil en sommeil paradoxal, afin de digérer toutes les informations de la journée et favoriser la maturation de leur cerveau. Ensuite, la durée du sommeil paradoxal diminue progressivement : il n’y en a plus que 25 % après l’âge de un ans, 20 % après 15 ans et 16 % chez les personnes âgées.

Le sommeil paradoxal joue aussi un rôle majeur dans la consolidation de la mémoire. D’ailleurs, quand une personne est privée de sommeil paradoxal, la première fonction perturbée est la mémoire.

Il y a donc un lien entre la mémoire souvent excellente des Hauts Potentiels, et le fait que leur sommeil paradoxal soit plus important. Inversement, les déficients intellectuels ont des problèmes de mémoire et leur sommeil paradoxal est deux fois moins important que chez les personnes ordinaires.

LES TROUBLES DU SOMMEIL

Les troubles du sommeil incitant à consulter sont nombreux et variés, et concerne tout le monde, à tous âges. Ce sont :

  • l’insomnie (un trouble du sommeil prolongé sur plusieurs mois)
  • les difficultés d’endormissement (liées au stress, aux ruminations, au moulin mental des pensées, et de plus en plus à l’utilisation des écrans avant de se coucher, dont la luminosité bloque la production de mélatonine, l’hormone du sommeil qui fait comprendre au cerveau qu’il est temps de dormir)
  • l’hypersomnie (quand les personnes ont du mal à se réveiller et reste fatiguées en journée)
  • les apnées du sommeil (importantes à déceler, avec un médecin, car elles privent le cerveau d’oxygène et risquent de l’endommager)
  • des troubles plus rares comme les parasomnies : énurésie, grincement de dents, somnambulisme, cauchemars, paralysies du sommeil avec ou sans hallucinations. Ces troubles rendent le sommeil angoissant et peuvent aggraver les problèmes d’endormissement et insomnies. Ils sont aggravés par le stress et le manque de sommeil accumulé.

 

SOMMEIL PARADOXAL ET PARALYSIES DU SOMMEIL

Ces paralysies du sommeil méritent qu’on s’y arrêtent un instant, car elles sont liées au fameux sommeil paradoxal. Elles peuvent être déroutantes, voire franchement angoissantes. Elles se produisent au moment du réveil, donc juste à la fin du Stade 5, du sommeil paradoxal : durant quelques secondes à quelques minutes, le cerveau est réveillé alors que le corps est encore « paralysé ». Dans ce moment entre deux états de conscience, à mi-chemin entre le rêve et l’éveil, la personne se réveille avec l’impression de ne pas pouvoir bouger ni parler ni crier pour exprimer cette soudaine angoisse. Elles peuvent parfois s’accompagner d’hallucinations : le dormeur a l’impression que quelqu’un s’assoit sur le lit, il entend des bruits, des sons, il voit des choses, il ressent un un souffle, il sent qu’on le touche, qu’on l’empêche de bouger ou qu’il vibre, voire flotte dans l’air… La sensation d’une présence hostile est fréquemment mentionnée. Flippant…

sommeil

Ces paralysies du sommeil, qui concerne 5 à 20% de la population (surtout enfants et adolescents) génèrent une peur de dormir, donc des difficultés d’endormissement.

 

SOMMEIL PARADOXAL ET SÉROTONINE

Une autre particularité du sommeil paradoxal est son lien à la sérotonine. Ce neurotransmetteur est fondamental pour le sommeil : il sert à fabriquer la mélatonine, « l’hormone du sommeil » produite durant la nuit, qui joue un rôle majeur dans la régulation de notre horloge biologique.

La fabrication de la sérotonine a lieu dans dans les intestins et le cerveau, au niveau des neurones du raphé, pendant l’éveil. Elle diminue au début du sommeil et s’interrompt durant le sommeil paradoxal.

La sérotonine, également, appelée 5-hydroxytryptamine (5-HT) ou « hormone du bonheur », régule le sommeil, l’appétit, la douleur, l’humeur, et provoque une sensation de bien-être. Elle serait liée à l’humeur dans les deux sens : le taux de sérotonine influencerait l’humeur, et les pensées positives ou négatives influenceraient à leur tour le taux de sérotonine. Ainsi, une production importante de sérotonine entraine de la bonne humeur, et les pensées positives favorisent le taux de sérotonine.

Certains dépressifs ont un taux de sérotonine bas. On leur prescrit donc des antidépresseurs comme le Prozac, qui augmentent le taux de sérotonine.

Or, puisque les personnes à Haut Potentiel ont plus de sommeil paradoxal, elles risquent de connaître un déficit de sérotonine. Ceci pourrait expliquer (entre autres facteurs) que les HP aient tendance à la dépression, ou qu’ils aient du mal à se réveiller le matin, puisque privés plus longtemps de sérotonine durant la nuit.

Plus de sommeil paradoxal > moins de sérotonine > régulation du sommeil, de l’appétit, de l’humeur moins efficace ! (Bien sûr, il faut tenir compte d’autres facteurs : hérédité, stress, literie !).

 

EN (TRÈS) BREF :

Ainsi, parce que le sommeil paradoxal des surdoués occupe plus de 20% de leur temps de sommeil, voire sa quasi-totalité, cette spécificité peut aider à comprendre certains troubles :

  • fréquence des paralysies du sommeil > entrainant une angoisse de dormir donc des difficultés d’endormissement, notamment chez les plus jeunes.
  • fatigue dans la journée, impression de ne pas s’être reposé·e > puisque le corps et le cerveau se reposent surtout dans la phase de sommeil profond qui précède le sommeil paradoxal, et qui est plus courte chez les surdoué·e·s, alors que le sommeil paradoxal est plus important et le cerveau y reste très actif (ondes cérébrales intenses : Bêta).
  • dépression, déprime, par manque de sérotonine, car la synthèse de celle-ci est suspendue pendant le sommeil paradoxal.

 

AMÉLIORER LE SOMMEIL

Il est recommandé d’éviter les somnifères, qui risquent d’entraîner une dépendance, une somnolence importante en journée, et génèrent un sommeil peu réparateur.

Il est recommandé de :

  • manger correctement : consommer des aliments riches en tryptophane, un acide aminé qui permet de synthétiser la sérotonine et donc celle de la mélatonine (tryptophane > sérotonine > mélatonine > sommeil).
  • pratiquer une activité physique régulière en journée : qui augmente la sécrétion naturelle de sérotonine. Attention cependant à ne pas faire de sport avant le coucher, qui réchauffe le corps, alors que la température de celui-ci doit baisser pour dormir.
  • éviter les écrans le soir : la luminosité bloque la production de mélatonine, l’hormone du sommeil qui fait comprendre au cerveau qu’il est temps de dormir.
  • avoir recours à des méthodes de relaxation, et notamment la sophrologie !
  • consulter un thérapeute connaissant bien le Haut Potentiel et ses particularités !

LA SOPHROLOGIE POUR MIEUX DORMIR

La sophrologie permet de répondre à ces différents troubles du sommeil. Elle permet de :

  • mieux repérer ses signes d’endormissement pour se coucher au bon moment et réguler son cycle circadien
  • diminuer les ondes cérébrales pour entrer dans le repos et l’endormissement par la relaxation
  • relâcher le corps pour relâcher le mental et modérer les pensées du soir perturbant l’endormissement
  • booster la sérotonine qui manque aux HP : en favorisant les pensées positives, en augmentant l’énergie en journée, par des relaxations dynamiques, des exercices de respiration, des visualisations…

J’utilise également l’hypnose, qui donne de bons résultats en complément de la sophrologie.

La sophrologie ne remplace pas un avis médical. En cas de troubles trop sévères, une consultation dans un centre du sommeil permettra de comprendre les mécanismes de son sommeil particulier, d’être rassuré voire de trouver des solutions adaptées (notamment en cas d’apnée).

Liste des centres du sommeil en France : http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/liste_centres.pdf

Estelle Bayon, Sophrologue spécialisée Haut Potentiel & Sommeil, hypnopraticienne

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