SOPHROLOGIE & PSYCHOTRAUMATISME

J’interviens au centre Existencielles (Paris 11) dans le cadre de parcours de soins pluridisciplinaires dédiés aux femmes victimes de violences et de l’État de Stress Post-Traumatique (ESPT).

L’ÉTAT DE STRESS POST-TRAUMATIQUE (ESPT) ?

TRAUMA

Évènement traumatisant passé.

Ex : catastrophe naturelle, accident, guerre, agression physique, violences sexuelles, maltraitance, décès d’un proche, perte d’emploi, rupture, intervention chirurgicale, accouchement difficile…

On n’en a pas toujours une mémoire consciente.

STRESS

Le Trauma déclenche une réaction de survie : état d’alerte, un stress consécutif au trauma, une sorte de disjonction du cerveau et un phénomène de dissociation avec anesthésie affective et physique.

Ce stress permet la survie de la personne sur le moment.

ESPT

Le stress intense consécutif à un trauma perdure intensément bien au-delà du trauma, parfois pendant des années, voire des décennies.

L’ESPT continue au présent, alors que le trauma, lui, est passé.

Le corps s’en souvient, même si le trauma a été oublié.

SYMPTÔMES DE L’ESPT

L’ESPT SE CARACTÉRISE PAR : 

Trois symptômes majeurs : reviviscence, évitements, déréglèment neuro-végétatif

Des troubles associés : symptômes de dissociation et troubles psychiques associés

Des conséquences : sur la santé, sur la vie relationnelle

REVIVISCENCE

(intrusions)

  • flash-back : tout ou partie de l’événement traumatique est vécu comme s’il se produisait ici et maintenant. Peut se manifester sous forme d’images, goûts, odeurs, émotions, pensées ou sensations corporelles.
  • cauchemars avec un contenu similaire, cauchemar récurrent
  • hallucinations en lien avec le trauma
  • réactions sévères et récurrentes de peur ou panique avec : palpitations, transpiration, respiration accélérée, tremblements, sentiment d’une catastrophe imminente
  • sentiment d’être paralysée par la frayeur ou d’avoir envie de fuir

Ces symptômes d’intrusion surgissent généralement dans des situations qui réveillent des souvenirs du trauma.

Ces situations déclenchent cette partie de la personne qui est restée figée dans le trauma et le revit sans cesse.

ÉVITEMENTS

  • faire des efforts intenses pour éviter les pensées, sentiments ou situations pouvant rappeler le trauma. Exemple : la consommation d’alcool, de drogues, se jeter dans le travail (avec risque de burn out), nettoyer sans arrêt, développement d’un monde imaginaire. Ce symptôme peut être très énergivore.
  • amnésie : perte de mémoire, oubli partiel ou total du trauma.
  • émoussement des affects, des émotions.
  • désinvestissement des relations interpersonnelles : être incapable d’éprouver de l’amour, de profiter de la vie, isolement, évitement d’autres personnes.
  • avoir l’impression de vivre en mode automatique.
  • perte de l’anticipation positive de l’avenir

DÉRÈGLEMENT DE L’ACTIVITÉ NEURO-VÉGÉTATIVE

SURACTIVATION :

    • manifestations physiques et psychiques persistantes de tension : tensions physiques, agitation, inquiétude, impatience, hypervigilance, état d’alerte et de contrôle.
    • réaction de sursaut exagéré, hypersensibilité.
    • irritabilité, accès de colère explosives.
    • autres crises émotionnelles (crises de larmes, tristesse).
    • importants troubles du sommeil : insomnie, difficultés à s’endormir, réveils nocturnes.
    • troubles de la concentration et de l’attention

OU SOUS-ACTIVATION :

    • émoussement émotionnel
    • anesthésie corporelle : incapacité à ressentir de la douleur
    • tête vide : être incapable de penser
    • détachement important des autres, des événements
    • paralysie : ne pas être capable de bouger, de réagir
    • somnolence extrême, fatigue chronique

TROUBLES ASSOCIÉS :

SYMPTÔMES DE DISSOCIATION :

  • état de conscience altérée
  • troubles de la mémoire
  • troubles de la concentration
  • troubles de l’attention
  • sentiments d’étrangeté, d’être spectateur de sa vie
  • impression de sortir de son corps
  • dépersonnalisation
  • compagnon imaginaire

TROUBLES PSYCHIQUES ASSOCIÉS :

  • troubles de l’humeur : présents dans 50% des ESPT, dépression, épisodes maniaco-dépressifs.
  • troubles anxieux : anxiété généralisée , crises d’angoisse, attaque de panique, phobies, agoraphobie, phobies sociale, troubles obsessionnels compulsifs.
  • troubles de la personnalité : personnalité limite (border-line), asociale.
  • troubles du comportement auto-agressif : tentatives de suicide (x10 en cas d’ESPT par rapport à la population générale), automutilation.
  • troubles addictifs : consommation de drogues , d’alcool, jeux (alcool chez 52 % des hommes et 28 % des femmes et de consommation d’autres substances psychoactives chez 35 % des hommes et 27 % des femmes).
  • troubles des conduites : conduites à risques, fugues, conduites d’hypersexualité, marginalisation, conduites violentes.
  • troubles du comportement alimentaire : boulimie, anorexie.
  • troubles du sommeil : narcolepsie (somnambulisme, hallucinations narcolepsie, paralysies du sommeil, cataplexie, hyper-somnolence diurne)
  • troubles de la sexualité.

CONSÉQUENCES :

SUR LA SANTÉ :

Les conséquences comportent des plaintes somatiques fréquentes, chroniques, résistantes à toute prise en charge médicale si les troubles psychotraumatiques ne sont pas identifiés et pris en charge.

  • fatigue chronique et douleurs chroniques intenses (hypervigilance et tensions + contractures musculaires) : céphalées, douleurs musculo-squelettiques, dorso-lombalgies, douleurs neurogènes, prise de poids importante ou amaigrissement.
  • troubles gastro-intestinaux très fréquents : gastralgies, nausées, vomissements, troubles du transit, colopathie, syndrome du côlon irritable, anisme, ballonnements, colite spasmodique
  • troubles génito-urinaires très fréquents : dysménorrhée (douleurs pendant les règles, syndrome pré-menstruel), endométriose, vaginisme, douleurs pelviennes chroniques, cystites à répétition…
  • troubles cardio-vasculaires : palpitations, hypertension artérielle, coronaropathie ; respiratoires : asthme, bronchite chronique, dyspnée, neurologiques : épilepsie.
  • troubles endocriniens : troubles thyroïdiens, diabète, et des troubles de l’immunité.
  • troubles ORL : acouphènes, otites, angines à répétitions, dentaires, dermatologiques : eczéma, psoriasis, prurit.., troubles allergiques

SUR LA VIE RELATIONNELLE :

Si les troubles psychotraumatiques évoluent de façon chronique sans prise en charge adaptée et spécialisée, elles comportent :

  • chez l’adolescent·e : des risques de fugue et de départ précoce de la famille, risque de placement, risque de se retrouver en foyer, seul(e), avec une vie amoureuse et sexuelle difficile, des grossesses précoces.
  • risques d’échec scolaire et d’interruption et d’abandon des études, des orientations professionnelles non désirées.
  • risques de se retrouver sans travail, au chômage, en arrêt de travail prolongé, en invalidité ou à la MDPH (adulte handicapé).
  • risques de se retrouver en retrait social, cloîtré chez soi avec des phobies sociales importantes.
  • risques de marginalisation, d’exclusion : risque de se retrouver à la rue, en situation de grande pauvreté, de prostitution.
  • risques de se retrouver à nouveau victime : emprise affective, conjoint·e violent·e, relations toxiques.
  • des risques de délinquance, de violences.

(Sources : Muriel Salmona, Violaine Guérin, Suzette Boon, Kathy Steele, Onno van der Hart)