Alors que je rejoins en tant que sophrologue le Centre Existentielles, qui accompagne les femmes victimes de violences et propose des parcours de soin adaptés, je me forme en psychothérapie en parallèle. Mon projet est d’accompagner ces femmes dans une approche féministe de la thérapie. Car elle me semble particulièrement pertinente pour prendre soin des femmes souffrant de traumatismes. Nous sommes en 2019 et cette approche semble inexistante en France. Pourtant, elle existe aux Etats-Unis depuis les années 1970 ! En en parlant autour de moi, je réalise que la thérapie féministe est inconnue ici. Voire même qu’elle dérange. Il est vrai que Laura Brown, une psychologue féministe américaine qui a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet (aucun n’est traduit en français), la qualifie de « pratique subversive ».

 

Cette approche permet de voir au-delà des symptômes individuels pour comprendre les influences systémiques et sociétales qui peuvent impacter la santé mentale. Les injustices de genre, les déséquilibres de pouvoir, et les oppressions intersectionnelles ne sont pas juste des contextes externes, mais des forces qui façonnent profondément les vécus individuels.

L’approche féministe cherche donc à comprendre et à diminuer les impacts des inégalités de genre et des dynamiques de pouvoir sur la santé mentale des individus.

Principes Fondamentaux de la Thérapie Féministe

La thérapie féministe se base sur plusieurs principes clés qui visent à remettre en question les normes patriarcales souvent intégrées dans les pratiques de soin traditionnelles. Premièrement, elle reconnaît l’importance du contexte social et culturel dans lequel les individus évoluent. Cela implique une compréhension approfondie des rôles de genre, des attentes sociétales et des structures de pouvoir qui peuvent influencer la santé mentale.

Deuxièmement, cette approche promeut l’empowerment des patient(e)s. Au lieu de voir les individus comme des victimes de leurs circonstances, la thérapie féministe encourage les personnes à devenir des agents actifs de leur propre changement. Cela passe souvent par la valorisation de leur voix et de leur vécu, et par la mise en place d’un espace thérapeutique où ils/elles peuvent s’exprimer librement et en sécurité.

Troisièmement, elle insiste sur l’importance de l’équité et de l’inclusivité dans le processus thérapeutique. Cela peut se traduire par des ajustements dans les méthodes de traitement pour s’assurer qu’elles répondent aux besoins spécifiques des personnes en fonction de leur genre, de leur race, de leur orientation sexuelle et de leur classe sociale.

En pratique

En pratique, un(e) thérapeute féministe s’efforce de créer un environnement où les dynamiques de pouvoir entre thérapeute et patient(e) sont minimisées. Par exemple, la thérapeute peut encourager les patient(e)s à participer activement à leur traitement et à prendre des décisions concernant leurs soins. Cela peut inclure la négociation des objectifs thérapeutiques et des méthodes de traitement, affirmant ainsi le droit du patient ou de la patiente à être entendu(e) et respecté(e).

Un autre aspect important est la réflexivité. Les thérapeutes féministes s’engagent à examiner et à critiquer leurs propres croyances et préjugés. Cette auto-analyse aide à prévenir la reproduction des structures oppressives au sein de la relation thérapeutique et assure une pratique plus consciente et sensible aux problématiques de genre.

Impact de la Thérapie Féministe

sur les patient(e)s

L’efficacité de l’approche féministe en thérapie se reflète dans la manière dont elle permet aux personnes de reconnaitre et de combattre les influences oppressives dans leurs vies. Pour beaucoup, cela peut mener à une augmentation de l’estime de soi et à une meilleure gestion de problèmes tels que l’anxiété, la dépression et les traumatismes liés à des expériences de discrimination ou de violence.

En reconnaissant et en abordant spécifiquement les effets des inégalités de genre, la thérapie féministe offre un cadre puissant pour le changement personnel et social, conduisant à une plus grande autonomie et à un bien-être accru.

 

L’intégration d’une perspective féministe en thérapie ne bénéficie pas uniquement aux femmes ou aux personnes marginalisées par les structures de genre traditionnelles, mais à tous et toutes. En déconstruisant les normes et les dynamiques de pouvoir nocives, elle permet de progresser vers une société plus juste et équilibrée. Pour les praticiens de la santé mentale, adopter cette approche peut enrichir considérablement leur pratique en offrant des soins plus personnalisés et réfléchis qui répondent véritablement aux besoins de leurs patients. Quand la France sera-t-elle prête à accueillir cette approche ? Pourquoi un tel retard ?