THÉRAPIE FÉMINISTE

Une clinique du pouvoir

Choisir une thérapeute féministe, ce n’est pas entrer dans un débat politique. C’est choisir un cadre de soin qui prend en compte la réalité sociale de votre vécu.

Trop souvent, la psychologie et la thérapie classiques pathologisent la souffrance individuelle sans regarder le contexte. Mon approche consiste à réintégrer le politique dans l’intime : vos symptômes, vos angoisses ou vos silences ne sont pas toujours des dysfonctionnements internes, mais souvent des réactions logiques à des violences systémiques (sexistes, sociétales, familiales).

Je pratique une thérapie féministe, que j’appelle aussi « clinique du pouvoir ».

C’est une thérapie « située ». Cela signifie que je ne prétend pas une neutralité illusoire. Dans mon accompagnement, la souffrance n’est pas étiquetée ni pathologisée (c’est-à-dire vue comme un défaut de la personne), mais envisagée comme une réponse logique au fait d’être immergé·e dans une réalité patriarcale et des rapports de pouvoir déséquilibrés.

Or le genre est un rapport de pouvoir (et non une simple différence biologique ou une identité personnelle) : c’est un système social construit, qui divise, hiérarchise les rôles et impose des scénarios de vie inégaux. De même que la race, l’orientation sexuelle, la classe sociale, le handicap…  Et ces rapports de pouvoir ont des conséquences sur la santé mentale. Reconnaître ce rapport de pouvoir permet de cesser de culpabiliser pour des blocages qui sont le fruit d’un conditionnement collectif, afin de mieux s’en affranchir et réécrire sa propre histoire.

La thérapie féministe est avant tout une théorie de la thérapie plutôt qu’une technique spécifique. Une théorie inspirée de la théorie féministe et de ses valeurs, qui politise l’intime et donc la santé mentale, et se fonde sur ces grands principes :

1. Le personnel est politique
Les difficultés individuelles ne sont pas de simples échecs personnels, mais prennent racine dans des structures sociétales telles que le patriarcat, le sexisme et les inégalités.

2. Une relation égalitaire
La relation thérapeutique est collaborative et horizontale (non hiérarchique). Elle repose sur un partage du pouvoir et la construction d’une confiance mutuelle, loin de la posture de l’expert·e sachant·e.

3. Visée de changement social
L’objectif est de redonner aux personnes le pouvoir de remettre en question les normes oppressives et d’œuvrer à une transformation sociétale, plutôt que de chercher à s’adapter à des systèmes injustes. Elle est donc subversive.

4. Valorisation des vécus
Cette approche honore et valide les perspectives et les expériences des femmes, des groupes marginalisés et de toute personne ayant subi l’oppression.

5. Intersectionnalité
Elle reconnait la manière dont les différentes facettes de l’identité (la race, la classe, le genre, l’orientation sexuelle, le handicap…) s’imbriquent pour créer des expériences uniques de privilège ou d’oppression.

6. Dépathologisation
Elle remet en question les modèles traditionnels de la maladie mentale qui pathologisent des comportements façonnés par l’oppression. La détresse est ici recadrée comme une réponse sensée et rationnelle à un monde injuste, plutôt qu’un dysfonctionnement interne.

La Thérapie Féministe : une clinique du pouvoir

Pour moi, la thérapie féministe est avant tout une clinique du pouvoir. Elle part du postulat que bon nombre de souffrances intimes ne sont pas des maladies individuelles, mais les conséquences directes d’oppressions systémiques (le patriarcat, le sexisme, les discriminations). Mon approche vise à rendre visibles ces rapports de force invisibles (le « pouvoir-sur ») qui traversent vos vies, afin de dépathologiser vos ressentis. Il ne s’agit plus de demander « ce qui ne va pas chez vous », mais de comprendre comment votre environnement social et politique a impacté votre sécurité intérieure.

Pratiquer cette clinique, c’est aussi travailler à restaurer votre puissance d’agir (l’empowerment ou « pouvoir-de »). Nous cessons de regarder vos symptômes comme des dysfonctionnements pour les envisager comme des stratégies de résistance légitimes face à la violence. Dans une relation thérapeutique que je veux horizontale et solidaire (le « pouvoir-avec »), mon rôle n’est pas d’exercer une autorité sur vous, mais de vous aider à vous réapproprier votre légitimité et à redevenir l’autrice de votre propre histoire.

La thérapie féministe est née dans les années 1970 aux États-Unis.

Elle s’est d’abord intéressée à celles et ceux qui ont été (et sont encore) considéré·es comme « les autres » par la culture dominante. Ces « autres » sont toutes les personnes qui ne sont pas des hommes cisgenres blancs hétéro : les femmes, les personnes racisées, les LGBTQI+, non-binaires…

Même si elle est désormais pertinente, aussi, pour les hommes blancs cishétéro.

Comprendre la souffrance autrement

Mon approche s’inspire de la Thérapie Féministe et du Power Threat Meaning Framework (Modèle Pouvoir Menace Sens), une alternative radicale au modèle diagnostique médical qui influence aujourd’hui la psychologie classique.

Le principe est simple : la souffrance mentale n’est pas simplement un problème de chimie dans le cerveau ou un dysfonctionnement personnel. C’est souvent une réponse sensée à des menaces liées aux déséquilibres de pouvoir dans nos vies.

Le sexisme, le racisme, l’homophobie, la précarité ou les violences intrafamiliales sont des menaces réelles. Vos symptômes (angoisse, dépression, troubles somatiques, mésestime de soi, etc.) sont des stratégies de résistance pour survivre dans cet environnement hostile.

 

Le Pouvoir du récit : déconstruire pour se reconstruire

Nous sommes toustes « colonisés·e » par des récits dominants : les injonctions du patriarcat, les normes de genre, de réussite, de corps… Ces récits nous enferment et nous font croire que nous sommes le problème.

Que ce soit en Thérapie Narrative ou en Écriture-thérapie, nous travaillons à démanteler cette « histoire dominante » qui fait souffrir, pour faire émerger des Histoires Alternatives qui vous racontent autrement et vous apaisent.

Nous utilisons la créativité pour reprendre la plume. Vous cessez d’être l’objet du discours des autres pour redevenir l’auteurice de votre propre vie.

Une pratique en constante déconstruction

Il est important que, comme les personnes qu’elle accueille, la thérapeute féministe fasse un travail continu sur elle-même. Comme tout le monde, je suis immergée dans cette société, donc colonisée par des biais.
Je m’engage à questionner ma propre posture pour que mon cabinet soit un espace où les rapports de domination ne se rejouent pas, mais, au contraire, soient nommés et se dénouent.

La souffrance psychique est une réponse sensée à des menaces en lien avec le déséquilibre des pouvoirs dans nos vies. 

Quelques ressources en français sur la thérapie féministe

Les ressources en anglais sur la thérapie féministe sont très nombreuses. Mais très rares en français. La thérapie féministe n’est pas enseignée en France et n’est pas même mentionnée dans les études de psychologie ou les formations en psychothérapie. 

POLITISER LA THÉRAPIE par une pratique située féministe.

J’ai rédigé en 2024 ce texte, issu de mes recherches à l’Université Paris-Cité au D.U. Pratiques de Genre : Éducation, médecine, psychanalyse et société.

Il ne s’agit pas d’un manuel pratique de thérapie mais d’une réflexion théorique sur les enjeux d’une politisation de la thérapie, basée sur la critique féministe de la neutralité et sur la proposition, à l’inverse, d’un positionnement « situé ». 

Extraits de l’introduction : 

Le mouvement féministe nous a appris que l’intime, le personnel, est politique. Pourquoi dès lors cet intime déposé dans l’espace thérapeutique pourrait-il, devrait-il se défaire du politique à l’entrée du cabinet de psy ? Et comment le pourrait-il ? Le politique est toujours déjà présent dans l’espace thérapeutique. Nous sommes simplement censé·es ne pas le voir, et rester – ou faire semblant d’être – neutres. 

Nous devons nous mettre à l’écoute de ce politique déjà là. La posture thérapeutique ne devrait pas cliver notre client·e comme notre écoute en coupant le dedans d’un dehors illusoirement laissé à l’extérieur du cabinet. En refoulant ainsi le politique, nous ne sommes pas en mesure d’accueillir la personne dans son entièreté, en tant que membre d’une société, alors même que les positions qu’elle y occupe construisent et impactent son psychisme.

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